Supprimer l'accès à la myéline

 

Le système nerveux central est comme tous les organes irrigués par des vaisseaux sanguins. Il existe entre le sang et le cerveau un filtre pour protéger ce dernier des toxines et des germes ; ce filtre est appelé barrière hémato-encéphalique.

 

Il en va de même entre le sang et la moelle épinière, c'est la barrière hémato-médullaire. Pour atteindre et détruire la myéline, les lymphocytes doivent franchir cette barrière et les chercheurs de l'Inserm ont donc cherché à bloquer ce passage.


Première étape aboutissant à l'élaboration de l'anticorps : comprendre plus finement les mécanismes permettant le passage des lymphocytes. Les chercheurs ont ciblé un récepteur, situé sur la barrière et appelé NMDA.

 

Les lymphocytes ne réussissent à pénétrer dans le cerveau que si deux structures se lient ensemble : le fameux récepteur et une protéine située dans la barrière. C'est comme une clé dans une serrure : la protéine (appelée tPA) se lie au récepteur NMDA et les lymphocytes peuvent passer la barrière et atteindre le système nerveux.


Deuxième étape : les chercheurs se sont aperçus qu'en bloquant cette interaction, cela empêchait le passage des cellules immunitaires à travers la barrière. Enfin, l'équipe de l'Inserm a conçu une molécule capable de bloquer cette interaction.

 

Il s'agit d'un anticorps, baptisé Glunomab®, qui agit directement sur le récepteur NMDA, à l'endroit où se lie habituellement le tPA. Il prend donc la place de ce dernier.


Des résultats prometteurs mais à confirmer


Chez des souris qui avaient l'équivalent d'une poussée de SEP, une injection intraveineuse (dans une veine) de l'anticorps a stoppé les symptômes, durant trois mois (la durée de suivi des souris). De plus, comme l'anticorps empêche l'ouverture de la barrière, il y avait moins de lymphocytes dans les tissus nerveux et limite donc le passage des lymphocytes : "dans le groupe de souris témoin, il y avait beaucoup de lymphocytes dans le cerveau alors que dans le groupe traité, ils étaient non détectables", explicite le Dr Docagne.


Autre effet positif, la destruction de la myéline, qui est à l'origine des symptômes, était diminuée : "C'est la conséquence directe du fait que les lymphocytes ne rentrent pas dans le système nerveux, détaille-t-il. Cela empêche la dégradation de la myéline dans le cadre d'une poussée". L'équipe de chercheurs souhaite maintenant déterminer si l'anticorps pourrait être intéressant dans la forme primaire progressive (qui touche 15% des patients et pour laquelle aucun traitement n'existe pour le moment) et dans la forme rémittente récurrente, après une première poussée, pour prévenir l'apparition d'une seconde poussée. "Attention, nous parlons toujours de souris...", rappelle le chercheur, réaliste.


Comme dans toute recherche expérimentale, la prudence est en effet de mise. Dans le meilleur des cas, une dizaine d'années seront nécessaires pour mettre au point le médicament chez l'homme. "L'aboutissement des recherches dépend de beaucoup de facteurs, il y a beaucoup d'étapes pour arriver à la mise sur le marché d'un médicament et cela nécessite beaucoup d'argent", déplore Fabien Docagne, "mais d'autres groupes dans le monde ont sans doute d'autres cibles et peut-être plus avancées que nous. La recherche avance et c'est positif pour les patients !"

 



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